J’ai rencontré Thierry à Nation, dans le couloir qui mène de la 9 à la 1. Un groupe de gamins de 11 ans à peine se bagarrait sans qu’on sache vraiment si c’était pour rire ou si ça devenait un peu sérieux. Un grand s’en prenait à un plus petit. J’ai haussé la voix leur demandant si tout allait bien, de faire attention, de ne pas se battre. Thierry est resté avec moi, il a attendu qu’ils se séparent. Autour de nous les gens passaient sans trop prêter attention. Quand Thierry était gosse, il y avait toujours un voisin, un adulte pour intervenir et éventuellement sévir. Selon lui, les enfants ne changent pas, mais les adultes aujourd’hui s’en foutent ou même pire, ils ont peur de leurs enfants. C’est quand il n’ y a plus de lien social que la violence s’installe: "les gens restent devant leur télé et croient tout savoir, mais c’est dans la rue que la réalité s’impose, ici même, pas chez soi". Alors en rentrant du boulot, au lieu de s’installer confortablement dans un fauteuil et de s’emparer de la télécommande, Thierry marche dans la rue, se promène, s’arrête dès que quelque chose l’intrigue, et réfléchit. Là par exemple, il va à Charles de Gaulle Etoile mais il sait qu’il peut très bien changer de destination à tout moment. Il aime beaucoup observer la rue et ses artistes "certains ont énormément de talent mais malheureusement peu de gens prennent le temps de s’arrêter un instant et de les écouter." Il est toujours révolté quand un artiste de rue se fait arrêter par la police "parce qu’enfin il ne mendie pas, il travaille, il se livre, c’est courageux et difficile !". Thierry n’est pas solitaire il a même été marié pendant 12 ans (je crois, j’ai la fâcheuse habitude d’arrêter d’écrire dans mon carnet quand les gens me parlent de leur vie affective ou privée, je crois que je ne veux pas donner l’impression que j’ai besoin de ces infos uniquement pour un article). Seulement selon lui, pour qu’une relation dure longtemps, très longtemps, il faut bien plus qu’une simple envie d’être ensemble. Quand il était jeune, Thierry voulait devenir photographe de mode, il a même fait partie de l’équipe d’un photographe assez connu "De Greef" (j’ai perdu le prénom, parrrrdonnnn), mais le nombre d’échelon à gravir quand on a ni carnet d’adresse, ni l’envie de lécher des bottes pour réussir l’a un peu découragé. Aujourd’hui, après avoir été géomètre, il exerce le métier de dessinateur dans un bureau d’étude. Il trace, dessine, analyse des plans de rues, trottoirs, réseau, un métier très technique, mais aussi finalement proche de l’architecture urbaine. Quand au métro, c’est son moyen de transport préféré, aucune contrainte matérielle, si ce n’est une carte d’abonnement et écologique. Lui qui déteste être chargé ne sort sa moto que très rarement parce que franchement: "j’ai l’air de quoi déguisé en rambo ?" Merci Thierry !
décembre 14, 2010 à 6:49 |
Encore une bien belle personne…
décembre 14, 2010 à 7:47 |
Alors lui, je l’aime.
décembre 14, 2010 à 2:02 |
moi aussi …
décembre 15, 2010 à 11:09
et Moi aussi ..
Merci Marie, Merci Thierry !
décembre 14, 2010 à 8:50 |
Bonjour Marie,
Juste un petit mot pour te remercier encore une fois de tous ces jolis portraits.
Et aussi pour te dire que je vois une réelle évolution dans ta facon de présenter les gens, mais aussi d’écrire. Ce blog a vraiment pris en profondeur et en maturité depuis ses débuts, mais n’en perd pas pour autant sa fraicheur et sa simplicité.
En 2 mots, bravo et continue !
décembre 20, 2010 à 9:21 |
D’accord, tout à fait d’accord. Une de mes filles s’appelle Marion, c’est dire !!!
décembre 14, 2010 à 9:11 |
S’arrêter et réfléchir….
La résolution de l’année.
Merci Thierry!
décembre 14, 2010 à 9:23 |
J’aime beaucoup cette analyse: "Selon lui, les enfants ne changent pas, mais les adultes aujourd’hui s’en foutent ou même pire, ils ont peur de leurs enfants" tellement vraie. Belle rencontre en tout cas.
décembre 14, 2010 à 9:24 |
Thierry est cool, ou ton ecriture le rend cool, ou les deux!
décembre 14, 2010 à 10:20 |
motard et dessinateur en BE…moi dans 30 ans
j’ai connu ton blog il y a peu mais j’ai lu tout les portraits et je rejoint Marion,au fil du temps tes articles gagnent en profondeur,on à même le sentiment parfois de vivre la rencontre et que tu à mis sur "papier" nos souvenirs…
merci
décembre 14, 2010 à 10:26 |
Franchement, c’est un peu plus intéressant comme rencontre, que tes clichés Bulgari…
Continues plutôt dans cette voie que de te faire happer par des entreprises mercantiles à but purement promotionnel.
Keep going…
décembre 15, 2010 à 7:03 |
Peut être pas "plus intéressant", mais plus proche des portraits auxquels on était habitué. Bravo pour ce retour "aux sources"!!!
décembre 14, 2010 à 11:43 |
Oh, chouette portrait. Un personnage intéressant et/ou une bonne retranscription de sa philosophie. Merci!
décembre 14, 2010 à 4:24 |
Thierry prend son temps, s’arréte, regarde ce qui l’entoure et réfléchit par lui même .
Pas fastoche.
Merci marie dinkle
décembre 14, 2010 à 5:04 |
Quel chouette bonhomme, qui prend le temps de flâner, c’est si rare aujourd’hui, le mot lui-même tombe en désuétude….
Merci Marie, cette petite brève d’humanité est bien apaisante!
décembre 14, 2010 à 5:29 |
Je suis vraiment d’accord avec lui sur le fait que ce sont peut-être plus les adultes qui changent, plutôt que les enfants. L’indifférence est tellement terrible!
décembre 14, 2010 à 6:13 |
J’aime beaucoup ce passage : C’est quand il n’ y a plus de lien social que la violence s’installe: « les gens restent devant leur télé et croient tout savoir, mais c’est dans la rue que la réalité s’impose, ici même, pas chez soi ».
C’est totalement vrai et j’adore le portrait de Thierry, sa façon d’être !
Continue comme ça, super blog !
décembre 14, 2010 à 6:43 |
Moi j’aime bien comment la moumoute de son blouson "habille" son visage…Et apparemment vous êtes passés à Louvre-Rivoli….
décembre 14, 2010 à 8:35 |
jolie leçon Thierry (et Marie!).
Merci.
décembre 15, 2010 à 12:27 |
C’est un sage Thierry!
décembre 15, 2010 à 6:59 |
Super ce portrait, l’un des meilleurs à mon avis, mais il y en aura encore beaucoup d’autres. Bravo!
décembre 15, 2010 à 9:35 |
Une belle réflexion que nous apporte ce portrait : que ce soit au niveau de l’éducation, de la relation de couple, ou du choix dans la vie professionnelle, les gens ne prennent plus le temps de réfléchir, et passent leur temps à courir après des choses inutiles…
décembre 15, 2010 à 3:17 |
Thierry me fait penser au formidable film "L’an 01" sorti en 73
http://fr.wikipedia.org/wiki/L%27An_01
issu de la BD de Gébé
http://minilien.fr/a0lkim
sous titrée : « On arrête tout, on réfléchit, et c’est pas triste »
décembre 17, 2010 à 10:38 |
En plus il est motard, un type bien ce Thierry